Le racisme qu’a connu le continent africain est le fruit de la colonisation, et concerne une population noire ancrée sur son territoire d’origine ; cependant, les populations déracinées par la traite des noirs ont aussi subi une ségrégation raciale, aux Etats-Unis par exemple.


3) La ségrégation raciale aux Etats-Unis

a) Situation générale

La guerre de Sécession, ou guerre civile, a opposé, entre 1861 et 1865, les États-Unis d'Amérique, « l'Union », à certains États du Sud esclavagistes, les États confédérés d'Amérique.  En 1865, la fin de la guerre de Sécession aux États-Unis marque l'abolition de l'esclavage pour l'ensemble du pays. Officiellement aboli le 1er janvier 1863 par le président Abraham Lincoln, il a fallu attendre la fin de la guerre et la victoire du Nord pour que soit voté, en janvier 1865, le treizième amendement à la Constitution interdisant l'esclavage sur le sol des Etats-Unis d'Amérique. Un changement fondamental, immédiat juridiquement, mais que le racisme mit du temps à rendre effectif dans les relations sociales. Après une décennie pendant laquelle la situation politique et sociale des anciens esclaves noirs s'améliora, les Noirs allaient devenir les victimes de violences illégales, d'intimidation – notamment avec le Ku Klux Klan, né au lendemain de la guerre - puis des lois Jim Crow, mises en place par les Etats Sudistes, qui contournaient le treizième amendement et instauraient une véritable ségrégation raciale. 

b) Le Ku Klux Klan, l’oppression illégale et clandestine

Le mot "Ku Klux Klan" vient du grec kuklos, qui signifie cercle. C’est sous ce nom que fut fondée une organisation raciste, en 1665, à l’initiative de six anciens officiers de l'armée des Etats confédérés. Convaincus de l'infériorité innée des Noirs, ils ne peuvent accepter que d'anciens esclaves accèdent à l'égalité civique et à des fonctions politiques. Ils veulent " nettoyer " les Etats-Unis d’Amérique des afro-américains, des juifs, et de tous ceux qui empêchent leur pays d’être une "Amérique blanche et protestante". Chargé d'administrer l'« Empire Invisible », composé des Etats du Sud, le Ku Klux Klan se dote d'une structure fantasmagorique : à sa tête, un « Grand Sorcier de l’Empire », assisté de dix « Génies ». Les autres dirigeants du Klan portent des noms tout aussi extravagants : on trouve le « Grand Dragon du Royaume », assisté de huit « Hydres », le « Grand Titan du Dominion », assisté de six « Furies », et le « Grand Cyclope de la Caverne », assisté de deux « Engoulevents ». Tous revêtent de longues cagoules blanches, destinées à effrayer. Leurs chevaux sont déguisés à leur image. Le Ku Klux Klan fait régner la terreur par les raids nocturnes de ses cavaliers blancs contre la population noire. Ils veulent faire croire à ces derniers, alors dénués d'instruction et enclins à la superstition, qu'ils sont les fantômes des soldats confédérés morts au combat venus se venger. En 1868, en Arkansas, on compte quelque deux cents meurtres entre août et novembre. La loi martiale est alors décrétée, et la lutte contre le Klan déclenchée en Arkansas, puis dans les états voisins. Le Klan est officiellement démantelé en 1869, et pratiquement éliminé en 1873.

Manifestations et lynchages organisés par le KKK en 1920 dans le Minnesota

En 1915, l’adaptation au cinéma du livre The Clansman (L'Homme du Clan) de Thomas Dixon, marque la renaissance du Ku Klux Klan. Elle est l’œuvre de William Joseph Simmons, ancien pasteur. Ce dernier se sert de la popularité du film et de son parti pris pour le Klan et les sudistes pour réunir quelques personnes et relancer l’organisation. Le renouveau que connaît le Klan est fulgurant. En 1920, W. J. Simmons annonce 4 millions d'adeptes. Le succès du Klan est consacré par des élections, au niveau local. Ses membres continuent de pourchasser les Noirs, les immigrants, les Juifs et tous ceux qui les côtoient et qui les aident. Certains sont marqués au fer des trois lettres du Ku Klux Klan, d'autres sont badigeonnés de goudron bouillant puis couverts de plumes tels des poulets et les campagnes de lynchage aux branches des arbres se poursuivent. Le FBI, nouvellement créé, s'attaque à l'organisation. En 1944, face à un arriéré d'impôts de 685 000 dollars, le Klan préfère se dissoudre officiellement.

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses personnes tenteront de faire renaître une troisième fois le Ku Klux Klan, mais rien n'y fera. La décision de la Cour Suprême sur la politique d'intégration des populations noires en 1954 marque un regain d'activité de certains groupuscules du Klan, qui ne reculent pas devant les méthodes terroristes pour parvenir à ses fins. Les attentats à l'explosif contre les écoles et les églises se multiplient. Mais le Ku Klux Klan, tel qu'il était auparavant, n'existe plus. 

Au XXIe siècle, le Klan est surtout une nébuleuse d'organisations plus ou moins formelles et structurées, légales ou clandestines, souvent rivales entre elles. Bien qu’il demeure un symbole fort, le Ku Klux Klan n'en est pas moins concurrencé aujourd'hui par des organisations à l'image moins archaïque, comme les groupes néonazis, plus ouvertement révolutionnaires, ou les milices privées d'autodéfense, plus communautaires.

c) Les lois Jim Crow, la ségrégation réglementaire

Instaurées en 1876, les lois dites Jim Crow (« Jim le corbeau »), en référence à un personnage très populaire des spectacles de l’époque, qui représente un noir typique du Deep South (Sud des Etats-unis) créent un nouvel ordre social dans le sud des Etats-Unis : la ségrégation raciale. Si les textes indiquent que les citoyens doivent être « separate but equal » (« séparés mais égaux »), la réalité est tout autre. Les Noirs sont désavantagés et dominés dans tous les instants de leur vie.

Un blanc, John Howard Griffin, hanté par le problème de la ségrégation raciale, décide d’aller au fond du problème en devenant lui-même un Noir.  En 1959, ayant coupé les ponts avec sa famille et ses amis, il rencontre un docteur de La Nouvelle-Orléans qui, tant bien que mal, accepte de l’aider dans ce projet un peu fou. En absorbant un médicament utilisé habituellement contre certaines maladies de la peau, et en s’exposant à une lampe à rayons ultraviolets, le blanc entre dans la peau d’un noir. Du 7 novembre au 14 décembre, il sillonne le Mississippi, l’Alabama, La Nouvelle Orléans, empruntant tous les moyens de locomotions, dormant dans tous les taudis réservés aux gens de couleur, mangeant, vivant avec eux, comme eux, leur parlant d’égal à égal, puisqu’il est noir.

Carte des Etats-Unis

Black like me (Dans la peau d’un Noir) (1962), récit de son expérience, fait état de la réalité de la vie des Noirs à cette époque, aux Etats-unis. Griffin expérimente la ségrégation sous toutes ces formes. Les lieus publics sont séparés : dans les parcs, des bancs pour les Blancs et d’autres pour les Noirs (le 10 novembre, p.72), au cinéma, une salle pour les Blancs, une autre pour les Noirs (le 7 novembre, p.64). Et cela s’applique aussi aux églises, aux hôpitaux, aux restaurants, aux gares, aux wagons de trains, aux bus, aux écoles. Les Noirs ne peuvent s’inscrire que dans des écoles qui leur sont réservées, précaires, où toutes les classes se retrouvent dans une même salle, pour étudier sur d’anciens livres de cours, dirigées par un seul professeur. Rares sont ceux qui accèdent à l’université. Lorsqu’il cherche du travail, Griffin se heurte à nouveau à la difficulté que lui impose sa couleur. Le chef de l’usine à laquelle il propose sa candidature lui répond simplement qu’il « ne veut pas de gens de son espèce », et que le seul travail qu’il pourra obtenir ici, c’est « celui dont aucun homme blanc ne voudra » (le 24 novembre, p.160). Un constat pénible, mais bien réel s’impose à lui : un Blanc qui a fait des études se créera à coup sûre une belle situation, tandis qu’un Noir, même brillant et instruit, ne trouvera pas d’emploi, ou très difficilement.

Un Noir boit à un distributeur d'eau réservé aux « gens de couleur » à un terminal de tramway en 1939, à Oklahoma City.

Ségrégation raciale à l'école

Loin de s’arrêter là, la discrimination touche aussi les transports en communs. En utilisant les bus, Griffin l’éprouve à nouveau, dans toute sa cruauté  et sa violence. Alors qu’il souhaite descendre du bus, Griffin sonne pour demander l’arrêt. Le conducteur arrête l’autobus, ouvre la porte et, lorsque Griffin atteint la sortie, lui claque la porte au nez. Il joue au jeu cruel du « chat et de la souris » (p.74) avec le Noir, et refuse de le laisser sortir, sous prétexte qu’il est en retard. Il brûle les arrêts suivants, et ne daigne s’arrêter que pour laisser descendre des blancs (le 10-12 novembre, p.73). À propos d’un Noir, le chauffeur ira  même jusqu’à affirmer qu’il le considère comme appartenant à « une espèce humaine différente ». Il le regarde comme une sorte d’hybride animal, et de ce fait, ne se croit pas tenu de lui témoigner le respect.

Les Noirs sont écartés de la vie politique. Dans la peau d’un Noir (1962) illustre cette volonté de les empêcher de remplir leurs devoirs de citoyens. Un Noir souhaite s’inscrire au bureau de vote. Comme de coutume, l’homme blanc qui enregistre les inscriptions lui fait passer un test de culture générale, et lui pose diverses questions, toutes plus difficiles les unes que les autres. Le candidat y répond parfaitement. On lui propose alors de lire un journal rédigé en chinois, ce qui, bien évidemment, est hors de sa portée. En guise de traduction, il déclare alors : « Voici un homme du Mississippi qui n’aura pas le droit de voter cette année » (le 16 novembre, p.124).

Le Noir subit tellement la discrimination qu’il en vient à se dégoûter de soi-même, et de sa propre couleur de peau, responsable de tous ses problèmes. Il subit « d’abord la discrimination que les autres lui font subir. Ensuite celle, encore plus pénible, qu’il s’inflige  lui-même ; le mépris qu’il a pour cette noirceur associée à ses tourments ». L’évolution de John Howard Griffin le conduit, après bien des révoltes, à s’identifier à la condition de Noir. Lorsqu’il reprend son identité, c’est le même chemin qu’il faut parcourir à rebours. Il s’arrache avec peine à son personnage de Noir. Ce n’est pas un hasard si ces concitoyens de Mansfield ne le considèrent plus ni comme un blanc, ni comme un Noir. Il n’appartient plus à aucun camp. Mais n’est-ce pas pour cela que les opprimés, eux, le considèrent comme l’un des leurs ?

d) La lutte pour l’égalité

En 1954, la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) remporte une grande victoire devant la Cour suprême, puisqu’elle déclare que la ségrégation scolaire va à l’encontre de la Constitution (arrêt Brown v. Topeka Board of Education). Elle donne tort à ceux qui justifient la ségrégation scolaire au nom de l'axiome «séparés mais égaux». La communauté noire accueille cette décision comme une grande victoire dans son combat pour l'égalité des droits. Mais l’injonction juridique n’est pas respectée dans les Etats du sud. En 1957, le gouverneur de l’Arkansas, Faubus, mobilise la garde républicaine afin d’empêcher l’inscription de jeunes noirs dans l’école de Little Rock.


Manifestation de la NAACP

Les mouvements de contestation se multiplient : le 1er décembre 1955, dans un bus de Montgomery (Alabama), Rosa Parks, une femme noire de 42 ans, refuse de céder sa place à un blanc comme c'est la règle. Rosa Parks est alors arrêtée par la police et condamnée à payer une amende de 15 dollars. Une campagne de boycott contre la compagnie de bus est lancée, avec à sa tête un jeune pasteur noir, Martin Luther King[1]. Cet évènement est l'élément déclencheur qui le conduira lutter pacifiquement contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis. L'affaire prendra une telle ampleur qu’en décembre 1954, la cour constitutionnelle du pays déclarera la ségrégation dans les autocars anticonstitutionnelle. Fort de cette victoire au retentissement national, Luther King participe avec une dizaine de personnalités noires du sud des Etats-Unis à la fondation d’une organisation nationale : le SCLC (Southern Christian Leadership Conference). Elu à la présidence, il décide d’étendre à l’ensemble du pays sa lutte non-violente pour les droits civiques des noirs. Luther King, en admirateur de Gandhi, revendique l’influence de l’Indien sur sa pensée et voyage en 1958 sur ses traces où il rencontre Nehru. Par ailleurs, les actions se multiplient dans les Etats-Unis : mouvement étudiant en 1960, campagne de Birmingham en 1963…

Rosa Parks s'asseyant à l'avant d'un bus après la victoire.

Malcolm X et Martin Luther King

Martin Luther King au pupitre, Rosa Parks au premier rang.

Le système de ségrégation agonise à partir du début des années 1960 sous la présidence de John Fitzeral Kennedy, assassiné en 1963, et surtout avec son successeur Lyndon Johnson, dont la grande loi sur les droits civiques de 1964 (Civils Rights), interdit toute forme de discrimination et de ségrégation dans les lieux publics. C’est de l’Affirmative action (discrimination positive), politique volontariste d’intégration des noirs dans tous les secteurs de la vie professionnelle, avec la mise en place de quotas. Le système pervers et destructeur de la ségrégation est moribond, mais pas les discriminations ni les violences ni les manifestations de protestation. Le 17 octobre 1968, les athlètes américains, Tommie Smith et John Carlos, arrivés premier et troisième au 200 mètres aux Jeux Olympiques de Mexico, protestent contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis en levant leur poing ganté de noir lors de la remise des médailles. Ce signe est aussi la marque de leur soutien au mouvement politique noir-américain, les Black Panthers. Les champions devront lourdement payer ce geste retransmis par les télévisions du monde entier. Ils seront suspendus et expulsés des Jeux par le Comité Olympique.

 Les athlètes américains, Tommie Smith et John Carlos, arrivés premier et troisième au 200 mètres aux Jeux Olympiques de Mexico, protestent contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis en levant leur poing ganté de noir lors de la remise des médailles.

De nombreuses émeutes continuent à ensanglanter les ghettos des grandes métropoles américaines. A la suite des actions racistes des blancs du sud ou des traitements humiliants subis lors des heurts avec la police, et après l’assassinat de personnalités comme Martin Luther King en 1968, on assiste aussi à une radicalisation progressive des organisations noires. La Southern Christian Leadership Conference est rapidement dépassée par des 

mouvements qui revendiquent l’usage de la violence, incitent les noirs au séparatisme et souhaitent l’instauration d’un « Black power ». Des idées plus radicales et plus violentes – avec Malcolm X, leader Noir américain - gagnent du terrain. Elles contribueront à faire changer les mœurs, comme les lois ont aboli la ségrégation officielle.


 

 Répression violente des manifestations pacifiques.

Si l'égalité des droits est aujourd'hui formellement acquise, les différences sociales marginalisent dans d'immenses ghettos les groupes ethniques pauvres. L'Amérique du Nord voit se développer dans un climat croissant de violence urbaine une juxtaposition de communautés ethniques. À la revendication des droits civiques succède désormais une rétraction défensive et communautariste qui menace la cohésion de la société américaine. Un mouvement comme celui de Lewis Farakhan, Nation of Islam, loin de prôner l'intégration, milite pour une identité noire inscrite dans l'Islam et violemment teintée d'antisémitisme. En 1988, le pasteur noir Jesse Jackson est candidat à la présidence des États-Unis. Pour la première fois, la « deuxième Amérique » s'affirme au plus haut niveau du débat américain. Est posée la question du devenir des descendants des trois millions d'Africains déportés depuis leur terre d'origine en trois siècles et qui ont contribué à la richesse et la puissance des États-Unis par leur travail forcé.


Biographie de Martin Luther King (commentaire)



Le point d'orgue du combat de Martin Luther King est son illustre discours du 28 août 1963 « I have a dream », où il manifeste sa volonté et son espoir de connaître une Amérique fraternelle. 

   Le racisme n’a jamais cessé de se manifester, empruntant chaque fois une forme plus dure et plus violente encore. Il crée des tensions, fait naître l’oppression, engendre la guerre, le génocide même, et autant d’erreurs qui ont marqué les esprits. Les différences imaginées entre les « races » ont laissé de nombreuses traces dans la chair, l’histoire et la littérature des peuples, et perdurent encore dans les mentalités. Il est de ce fait nécessaire, pour corriger les préjugés, de replacer les choses dans leur contexte scientifique, et ainsi déconstruire les fausses idées. Qu’en est-il vraiment des prétendues inégalités entre les présumées « races » humaines ?

 

II Un démenti du racisme par la science


De l’expérience de J.H.Griffin à l’Allemagne nazie et l’Apartheid en Afrique du Sud, la question du racisme interroge partout la notion de « races humaines », longtemps prétexte à débat. Il faut renoncer à l’idée simple, complètement fausse, selon laquelle la diversité des humains se répartirait comme celle des chiens ou des vaches domestiques, que l’on a sélectionné pour faire des races dites pures, en écartant, pendant des siècles, tous les individus qui n’étaient pas conformes au type désiré. Chacun sait, d’ailleurs, qu’il suffit du minimum de croisement libre pour produire, dans n’importe quelle espèce domestique, des « bâtards » totalement inclassable dans la nomenclature des variétés des éleveurs. Les races animales sont le fruit artificiel et fragile du choix méticuleux des hommes, pendant des siècles, si bien que la moindre interruption de cette sélection en chamboule le résultat, donnant naissance à ces bâtards. Les populations humaines, au sein desquelles les gens se marient librement et sans assortir leurs caractères physiques et génétiques, sont loin de ce type de fonctionnement. Le terme de « races » chez les humains n’est aujourd’hui qu’une façon simpliste et imprécise de désigner des populations chevauchantes dont l’incroyable diversité ne se prête à aucune classification scientifique. Nous verrons d’abord que classer des êtres humains en « races » étanches constitue un casse-tête sans solution, auquel se sont heurtés les scientifiques de toutes époques. Ensuite, nous étudierons l’origine unique et commune à tous les êtres humains, pour enfin toucher du doigt notre infinie diversité, et comprendre que s’il existe des « races humaines », alors il y en a 6 milliards.

1) Classer les êtres humains ...


a) …un problème de tous temps

 

Les Égyptiens sont sans doute à l’origine de la première classification connue de groupes humains, fondée leurs caractères physiques apparents : les Rot ou Égyptiens, peints en rouge, les Namou, jaunes avec un nez aquilin, les Nashu, noirs avec des cheveux crépus, les Tamahou, blonds aux yeux bleus. Cette répartition ne s’appliquait cependant qu’aux populations voisines de l’Egypte.

L'Ancien Testament, quant à lui, divisait les hommes en fils de Cham, fils de Sem et fils de Japhet. Mais là aussi, il ne s’agissait que des peuples que connaissaient les Juifs.

C'est cependant à ces trois catégories que pendant le Moyen Age, on s'efforça de ramener tous les hommes dont les voyageurs signalaient l’existence à la surface de la Terre.

Chez les Grecs de l'Antiquité, les divisions entre les peuples existaient, mais n’étaient pas fondées sur des critères biologiques absolus. Ainsi, ce qui faisait la différence entre un Grec et un Barbare n'est pas son origine, mais sa connaissance de la langue et de la culture grecques.

La volonté de répartir et classifier l’espèce humaine en races n’est donc pas récente.

C’est en 1684 que le médecin français François Bernier fut le premier à imaginer une classification de l’humanité dans son entier, en quatre races d’hommes – noire, rouge, jaune, blanche – basée sur la géographie : à chaque continent son type d’homme.

Au XVIIIe siècle, Carl Von Linné, naturaliste suédois, proposa dans Systema Natura (1735) quatre variétés d’Homo sapiens, leur attribuant des caractéristiques peu scientifiques, basées sur l’aspect

physique et les traits de caractère :

- les Americanus : rouges, colériques et droits 
- les Europeus : blancs, sanguins et musculaires
- les Asiaticus : jaunes pâle, mélancoliques et rigides
- les Afer : noirs, flegmatiques et décontractés  

En 1775, le biologiste Johann Friedrich Blumenbach suggère, en s'appuyant sur la théorie de Linné, une nouvelle classification de l’espèce humaine dans De generis humani varietate nativa (1775). Il défend la théorie selon laquelle tous les hommes proviennent d'une souche unique, et ne sont différents qu'en vertu de modifications climatiques progressives et réversibles ; cependant, sous l'influence d'Emmanuel Kant, Blumenbach révise ses positions et admet que certaines différenciations du phénotype pourraient être irréversibles. En 1795, il adopte définitivement la classification suivante :

- la variété caucasienne à peau pâle (l'Europe)

- la variété mongole (Chine et Japon)

- le variété éthiopienne à peau sombre (Afrique)

- la variété américaine

- la variété malaise (Polynésiens, Aborigènes...)

S’il revendique que tous les types d’hommes appartiennent à une seule et même espèce, Blumenbach introduit une nouveauté : il établi une hiérarchie. Il place la variété caucasienne à l'origine des autres selon un critère très personnel : c’est pour lui le peuple le plus beau. Il considère les autres variétés comme une dégénérescence par rapport à cette population originelle. De même, le naturaliste Georges Buffon (1749-1788) présente une distribution des êtres humains le long d'une échelle dont le degré supérieur est occupé par l'homme européen. Le milieu, l'environnement, serait la cause de cette supériorité, et non sa nature spécifique.

Toutes ces tentatives de classification élaborées au fil du temps vont marquer les époques et notre façon de voir le monde ; nous en héritons et elles font partie de notre histoire. Cependant, la science nous prouve aujourd’hui que l’espèce humaine est une espèce à part, qui n’admet pas sous catégories valables. 

Enseignement du racisme au XIXe siècle, en France

En 1885, dans son ouvrage Histoire Naturelle, destiné à l'enseignement secondaire, J. Langlebert distingue 4 races:

· blanche ou caucasique, cette race est « remarquable par la puissance de son intelligence, c'est à elle qu'appartient les peuples qui ont atteint le plus haut degré de civilisation »

· jaune ou mongolique,

· noire ou africaine,

· rouge ou américaine.

La terminologie des descriptions laisse supposer un jugement de valeur. « L'angle faciale ne dépasse guère 70 à 75° » chez les Noirs.

Carl Von Linné, Systema Natura (1735)

b) … sans solution scientifiquement valable


        Les humains sont très différents en surface, aussi a-t-on cherché à les classer selon des critères arbitraires, tels que la couleur de peau ou le groupe sanguin.

 

             La couleur de peau peut, en général, être mesurée dans son état naturel, au moins sur des parties habituellement cachées du corps des sujets. On la décrit trop souvent encore en terme de « noirs », de « jaunes », de « blancs » ou même de « rouges », en souvenir des Amérindiens qui se peignaient le corps d’une teinture rouge. En fait, ces classifications ne veulent rien dire : les choses sont à la fois, plus simples et plus compliquées. Plus simples, parce que les couleurs de peau variées sont dues à un seul pigment brun, la mélanine, fabriqué par des cellules appelées mélanocytes, sous le contrôle des gènes ; le nombre moyen de mélanocyte par surface de peau est le même chez tous les humains, quelle que soit leur couleur.

La mélanine, elle, est produite en quantité variable, et agglomérée en amas de grains plus ou moins serrés dans les couches profondes de l’épiderme. Suivant sa concentration, ce pigment fonce plus ou moins notre épiderme. Les « jaunes » sont de ce point de vue des intermédiaires entre « noirs » et « blancs », comme les diverses catégories de bronzés et mulâtres. Il n’y a pas de pigment jaune variable entre populations humaines et le seul rouge de peau naturel est celui du sang, vu par transparence à travers les peaux claires, surtout au froid, au chaud, ou après une forte consommation d’alcool. Parallèlement, la quantité et l'intensité des rayons solaires influent sur notre corps qui, pour se protéger, produit plus ou moins de mélanine : c'est le phénomène de bronzage.

Les choses sont aussi plus compliquées parce que les couleurs de peau varient énormément entre individus d’une même population, surtout dans les populations à peau plus ou moins foncée. Il n’y a donc pas des catégories distinctes de couleurs de peau, qui permettent un classement fini des individus, mais une variation qui va, de manière continue, des individus les plus foncés des populations à peau foncée, aux individus les plus clairs des populations à peau claire. Entre ces extrêmes, les autres individus et les autres populations forment une gamme de couleur ininterrompue.

          Nous savons que tous les êtres humains se répartissent en groupes sanguins. Découvert en 1900 par le biologiste Karl Landsteiner, le système ABO permet de classer les différents groupes sanguins selon la présence ou non d’antigènes A ou B à la surface des globules rouges, et la présence ou non d'anticorps anti-A ou anti-B dans le sérum.

On distingue alors quatre groupes sanguins : A, B, AB et O.

Le système rhésus, qui permet d’expliquer certains problèmes indépendants du système ABO, a été découvert en 1940 par Landsteiner et Wiener. Il permet de classer les quatre groupes sanguins selon la présence ou non d’antigène D à la surface des globules rouges ; on distingue couramment les individus rh- qui ne portent pas l'antigène D sur la surface de leurs hématies et les individus Rh+, qui présentent l'antigène D.

Ainsi, les individus sont répartis en groupes sanguins A, B, AB et O, de rhésus positif ou négatif.

Si l’on étudie la distribution des groupes sanguins au sein des diverses populations, on constate que dans tout peuple, on trouve côte à côte des individus de caractères anthropologiques très voisins, qui appartiennent pourtant à des groupes sanguins différents. Aucun indice physique visible d’un individu ne permet de prédire son groupe sanguin et la connaissance du groupe sanguin d’un individu ne permet pas de deviner à quoi il ressemble.

Classer les individus selon leur couleur de peau reviendrait à désordonner leurs groupes sanguins, et de même, classer les individus selon leur groupe sanguin reviendrait à les désordonner du point de vue de leur couleur de peau.

 

            La notion de « race » se base sur une notion de gènes communs et exclusifs à un groupe d’individus. Aussi, lors des premières études sur la diversité cachée des êtres humains, les chercheurs s’attendaient à trouver les gènes des « noirs » différents de ceux des « jaunes » ou des « blancs ». Cependant, leurs travaux n’ont cessé de démontrer que les gènes n’ont pas de couleur, et que des milliers de gènes différents se retrouvent, plus ou moins fréquents, dans toutes les populations du monde. Celui qui est rare ici, sera plus fréquent là, et encore plus ailleurs. On n’a jamais trouvé de gène qui soit présent chez tous les individus d’une population, et absent de toutes les autres. De tels vrais « marqueurs génétiques » qui permettraient de déterminer, à coup sur, l’origine d’un individu d’après une analyse ne sont pas connus à ce jour.

Bien sûr, il est très facile de constituer des systèmes de « races » en donnant de l’importance à certains caractères et en oubliant les autres, mais les multiples tentatives en ce sens montrent que la diversité humaine est telle que l’on obtient ainsi des classifications très différentes selon les gènes qu’on utilise pour les faire.